Psychologie

La relation mère-enfant et le rapport à la nourriture

La relation mère-enfant et le rapport à la nourriture
La relation mère-enfant et le rapport à la nourriture
La relation mère-enfant et le rapport à la nourriture

 

Alors que manger est indispensable à l’homme pour vivre, on peut repérer les différents enjeux présents dans la relation mère-enfant à travers la nourriture.

Nourrir autrui n’est pas un acte anodin. Manger, c’est vivre et permettre à quelqu’un de se nourrir. Cela peut donner ainsi un pouvoir de vie sur une personne. On repère donc bien la question de la dépendance à l’autre à travers cet acte, a priori si banal, qu’est le fait de se nourrir.

Etre nourri, se nourrir : les enjeux de la relation

A la naissance, le bébé est dépendant de sa mère à travers ce lien nourricier. L’enfant peut alors fantasmer sur cette mère nourricière, sur une image de toute-puissance. C’est bien au travers du bon vouloir de la mère qu’il pourra ou non obtenir ce dont il a le plus besoin pour vivre, à savoir : manger.

Tout au long de son développement reviendra cette question de la relation à l’autre à travers la nourriture, avec les enjeux de pouvoir, de toute-puissance et de dépendance. L’enfant doit ainsi avoir une confiance extrême envers celui qui le nourrit afin de laisser entrer en lui ce que l’autre va lui offrir comme quelque chose de supposé bon.

Quand manger ou donner à manger remplace aimer

A l’inverse, refuser de la nourriture est très mal perçu dans notre société. Cela renvoie à refuser et repousser l’amour qu’on nous offre. C’est une forme de rejet. En effet, rien de plus rageant pour une mère que lorsque son chérubin repousse de façon ingrate la succulente purée faite maison que maman a faite pour lui.

Les enfants ont bien compris l’enjeu existant dans cet objet de transit entre la mère et l’enfant. Ils en jouent et ainsi retournent à leur avantage la relation de dépendance vécue alors qu’ils étaient bébés, pour en faire un pouvoir sur l’autre et commencer à s’affirmer dans la relation en usant du « non ».

Dans l’aliment, finalement, c’est un peu de la mère qui demeure. Cela fait bien évidemment penser à la notion d’objet transitionnel développé par Winnicott, cet objet investi par l’enfant, substitut de la mère, pour continuer à la faire exister même en son absence.

La provocation du refus ou lorsque nous mangeons ou refusons de manger nos émotions

L’une des inquiétudes majeures des mères est lorsque son enfant ne mange pas, quelle qu’en soit la raison. Il est important de savoir que, contre toute attente, les enfants, eux, savent gérer leur alimentation (sauf dans des cas très particuliers et heureusement rares). Les enfants vont naturellement se diriger vers ce dont ils ont besoin et dans la quantité nécessaire pour leur corps. Ils ont faim, ils mangent. Ils n’ont pas faim, ils ne mangent pas.

Cela paraît simple, or cela l’est beaucoup moins pour les adultes qui ont perdu ce sens naturel de la faim et de la satiété et mangent alors souvent parce que c’est l’heure, parce qu’ils ont des peines de cœur, parce qu’ils sont en colère, parce qu’il faut finir son assiette… Toutes ces choses sont loin des préoccupations de l’enfant qui, lui, pour toutes ces choses-là, aura son doudou ou sa maman. On comprend bien comment, en chacun de nous, demeure un peu de la relation avec notre propre mère au travers de la nourriture.

Notre corps sait ce dont il a besoin L’éducation façonne nos sens naturels et innés à travers ces phrases tant rabâchées : « finis ton assiette ! », « à table, c’est l’heure ! », « c’est pas encore l’heure de goûter ! », « tu ne sortiras pas de table avant d’avoir tout mangé ! », « tu n’as pas honte de bouder ton assiette, alors que d’autres enfants meurent de faim ! »…

Quel intérêt cela a t-il de finir son assiette lorsque l’on n’a plus faim ? Pour ne pas gaspiller, pense-t-on en chacun de nous. Apprendre à nos enfants à respecter la nourriture, certes, mais en quoi finir son assiette a-t-il solutionné la faim dans le monde et le gaspillage des sociétés ultra-développées ?

Notre corps n’est pas une poubelle, encore moins un réfrigérateur. Il ne profitera en rien d’un surcroît de nourriture, si ce n’est en le stockant sous forme de graisses (un autre problème de nos sociétés modernes !). Et, si finir son assiette n’a effectivement jamais solutionné la faim dans le monde, c’est par contre le début d’un dérèglement de la faim et de la satiété, où manger n’est plus lié à des signaux internes répondant à des besoins vitaux, mais plus à des facteurs extérieurs à nous et sociaux.

Le rapport que nous entretenons avec la nourriture est souvent emprunt d’inquiétudes

Peur de manquer, peur de grossir, peur de tomber malade… L’adulte véhicule souvent ses peurs à ses enfants. Préoccupations principalement des mères du fait de ce caractère ancestral de la mère nourricière. La mère se percevra comme bonne si elle est à même de bien nourrir ses enfants. Quelle mère n’est pas inquiète dès que son enfant perd l’appétit ?

Ce qui est bon aux yeux d’une mère ne l’est pas forcément à ceux des enfants. Sans tomber dans des extrêmes, un consensus peut se trouver. Proposer, sans forcer. Inviter et accompagner sans toutefois laisser l’enfant décider tout seul. Est-ce bien raisonnable qu’à 3 ans un enfant décide de son menu ? Chacun a sa place, maman décidant du contenu de l’assiette et l’enfant de la quantité dont son corps a besoin.

A toutes les mères soucieuses du bien manger (et souvent de leur silhouette), ne transposez pas vos peurs et votre lutte contre les kilos à vos chères têtes blondes. N’oubliez pas que manger est un acte inné chez eux et qu’à trop vouloir l’éduquer, on perturbe l’équilibre naturel de son corps.

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