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Favoriser l’émergence de compétences cognitives chez le jeune enfant

jeu, logique, puzzle

Une des aptitudes intellectuelles les plus utiles consiste à savoir poser des hypothèses et à faire des déductions logiques. Comment en faciliter le développement ?
La pensée hypothético déductive préside à un large champ d’activités intellectuelles, dans le domaine des apprentissages ou des savoirs faire mathématiques, linguistiques ou même plus pragmatiques, dans la vie quotidienne. Il s’agit, en tenant compte de ce que l’on sait, de déduire du sens concernant ce que l’on ne sait pas. Cette compétence se construit progressivement chez l’enfant sans même que, très souvent, ses parents n’aient à s’en soucier. En d’autres cas, il peut être intéressant de le guider sur cette voie.

Une compétence pécoce

Le bébé arrive à la vie doté d’aptitudes qui ont besoin de rencontrer des situations particulières pour se développer. Ses parents, dès les premiers jours, lui parlent de façon adaptée, de ce qu’il voit, de ce qu’il vit, de ce qu’il ressent, de ce qu’il souhaite, de ce qu’il entend…avec des messages tels que : « regarde, voilà ton biberon ; oh ! tu as faim ; tu entends papa qui t’appelle ? ». Le sens de ces phrases, qui échappe au bébé dans un premier temps, va peu à peu s’élaborer : les mêmes mots sont répétés dans des situations identiques qui elles ont du sens ; au bout d’un moment, les mots seuls seront compris.

Puis les parents vont enrichir ces messages, les diversifier : de plus en plus de mots, des phrases de plus en plus longues, évoquant des situations concrètes et présentes, puis des situations passées ou futures. Comment l’enfant procède-t-il pour les comprendre ? Par hypothèse et déduction : l’élément linguistique inconnu est mis en lien avec le contexte significatif ; si maman parle de la carafe d’eau, le petit qui ne connaît pas le mot carafe peut deviner qu’il s’agit de quelque chose en lien avec l’eau ; s’il prend en compte ce qu’il sait des objets de son environnement, il déduira que la carafe est autre chose qu’un verre ou qu’une bouteille et pourra faire l’hypothèse qu’il s’agit de cet objet contenant rangé dans le placard. Il faudra sans doute plusieurs situations de rencontre avec le mot « carafe » avant qu’il ne soit pleinement assimilé et mémorisé, soit utilisable par l’enfant lui même dans sa parole.

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Si il a mal compris, il ne le dira pas à bon escient ;  » me suis lavé avec la carafe » obtiendrait sans doute une réponse parentale du type : « oh ! non tu as du te laver sous la douche, la carafe c’est pour mettre l’eau à boire »… Autant d’indices qui permettent à l’enfant de construire, d’apprendre sa langue.

Une compétence très élaborée

Ce cheminement quotidien dans l’appréhension de l’inconnu suppose la capacité

  • d’être attentif à tous les indices visuels et auditifs
  • de comparer les éléments pour en déterminer les ressemblances et les différences
  • de sélectionner les bonnes informations en négligeant celles qui sont inutiles
  • de déterminer ce qui est possible, impossible, probable ou improbable

Difficultés possibles en lien avec des retards de langage

Les retards de langage devraient inciter à se poser des questions sur ce sujet. Le cas des enfants sourds nous éclaire : il arrive qu’en cas de surdité et de difficulté d’accès à la langue orale – puis écrite – les enfants témoignent de lacunes dans ce type de pensée hypothético déductive. On dit souvent d’ailleurs que les enfants sourds manifestent une certaine rigidité de pensée : ils apprennent des mots si on leur enseigne, ils devinent peu le sens du lexique inconnu ; lorsqu’ils ont appris le sens d’un mot, ils ont des difficultés pour accéder à la synonymie (soit un autre mot qui aurait le même sens) ou à l’homonymie (soit un autre sens du mot).

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Le mode éducatif et l’environnement linguistique proposés aux enfants sourds expliquent en partie celà ; lorsqu’ils sont appropriés, le risque d’apparition du problème diminue ou est totalement annulé. D’autre part, la difficulté de langage n’est pas toujours en cause ou peut être un symptôme associé à une problématique plus globale.

Mais l’incapacité de formuler des hypothèses et de faire des déductions conduit le plus souvent à de grandes difficultés dans le domaine de la compréhension de l’écrit.

Evaluer

Il peut donc être intéressant de contrôler si le jeune enfant dispose de cette compétence avant l’apprentissage de la lecture. Voici quelques propositions de jeux adaptés, pour des enfants à partir de 4 ans environ pour lesquels un doute existerait :

  • Demander à l’enfant de donner un objet, ou montrer une image dont il ne connaît pas le nom et qui sera présenté(e) avec plusieurs objets ou images connus (par exemple : une carafe (inconnu) avec une bouteille, un verre, une assiette, une cuiller, un couteau etc (connus).
  • En cas de réussite, proposer une situation un peu plus complexe avec deux éléments inconnus qui seront associés alors à des indices ajoutés : « donne la carafe qui sert à verser de l’eau et le peigne pour coiffer ta poupée » ; en ce cas, l’enfant ne connait ni le mot carafe, ni le mot peigne ; ces objets pourront être associés à d’autres connus appartenant aux deux champs lexicaux comme : bouteille, verre, tasse, brosse, brosse à dents…
  • En cas de réussite, il peut être proposé des situations de plus en plus complexes, selon les mêmes procédures, destinées alors, non plus à évaluer mais à développer au mieux une compétence déjà existante.
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Remédier

Si au contraire l’enfant a échoué, une aide peut ainsi lui être apportée :

  • Dans la première situation : l’adulte montre tout à tour les objets connus de l’enfant et demande « est- ce une carafe? ». Ne reste que la carafe : « Et voilà la carafe ! »
  • Dans la deuxième situation, selon le même procédé, l’adulte montre tour à tour les objets connus de l’enfant « est-ce une carafe ? est-ce un peigne? » ; l’activité peut se terminer par un tri des objets selon qu’ils servent à boire ou selon qu’ils servent à se coiffer, ou à la toilette.

Cette assistance verbale peut guider l’enfant sur la voie des opérations mentales à mettre en oeuvre. Un entraînement régulier est susceptible d’améliorer ses compétences en ce domaine.

Attention toutefois :

  • Ne pas proposer de situations trop complexes si l’enfant est très jeune.
  • En cas de non réussite, proposer la même situation un peu plus tard : il peut s’agir d’un problème de maturité et donc de temps.
  • Faire en sorte que ces situations soient ludiques et vécues dans le plaisir.
  • En cas de trop grande difficulté dans des situations très simples, ne pas hésiter à prendre conseil auprès d’un professionnel compétent (orthophoniste ou psychologue cognitif par exemple).

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