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Pardonner pour pouvoir avancer



Comment pardonner un affront ? Comment pardonner une violence subite ? Une maltraitance répétée ou les comportements inadaptés de ses propres parents ? Comment abandonner son droit légitime à la réparation et se débarrasser ainsi d’une haine destructrice qui nous consume à petit feu ?

 

Vaste question.

 

Beaucoup de personnes ont tendance à confondre le pardon et l’oubli (comme d’autres confondent deuil et oubli d’ailleurs). Or, il ne s’agit nullement d’oublier mais de pouvoir se souvenir sans souffrir excessivement et sans que cela n’empêche d’avancer.

Mais demandons-nous tout d’abord :

Le pardon est-il souhaitable ?

Le pardon est difficilement souhaité, mais il est assurément souhaitable.

Il apporte une moindre détresse psychologique, anxiété ou dépression. Mais aussi une meilleure santé générale et une émotion plus stable, notamment en ce qui concerne les sentiments négatifs envers autrui. La capacité à pardonner est également associée, point très important, à un recours plus efficace à son environnement social en cas de besoin et, quand cela concerne un proche, à un plus grand sentiment de bien-être.

 

Si une bonne partie de son efficacité provient de l’abaissement de la colère et du stress, son mécanisme d’action n’est pas encore totalement élucidé.

Comment pardonner ?

Le modèle thérapeutique le plus complet est celui de la thérapie d’Enright mais ses vingt points sont réservés à un public de spécialistes. Dans ce cadre de cet article visant à vous permettre de parcourir votre chemin seul(e), le détail serait superflu. Aussi je vous présente les étapes essentielles à considérer.

 

Munissez-vous d’un cahier et de papier à lettre puisque c’est ainsi que vous allez pouvoir procéder si aucun professionnel ne vous accompagne dans la démarche. Il faudra coucher vos sentiments, sensations et pensées sur le papier et, si cela vous aide, écrire une ou plusieurs lettres à l’offenseur si vous le connaissez (attention : sans les envoyer ! Ne faites surtout pas cette erreur. L’objectif n’est absolument pas d’obtenir qu’il s’amende ou culpabilise, point sur lequel vous n’avez aucun contrôle).

 

En cas de besoin, pensez à faire appel à un psychologue ou un psychiatre compétent et avec qui le contact passe bien.

 

La phase de découverte : reconnaître ce que l’on ressent

Une offense quelle qu’elle soit, unique ou répétée, est assortie d’un cortège d’émotions destructrices. Colère, haine, honte, terreur, désespoir, ou culpabilité. Pour s’en débarrasser, il convient en premier lieu de les accueillir, c’est-à-dire de reconnaître qu’elles sont là et que vous les éprouvez effectivement.

Cela demande également d’oser regarder en face la peur que l’on peut ressentir que les offenses aient laissé des cicatrices physiques ou psychologiques définitives. Car bien malheureusement, il est possible que cela soit le cas.

 

La phase de décision : s’engager volontairement sur le chemin du pardon

Cette décision doit être prise non pas pour l’offenseur (à cette étape, vous êtes encore bien loin de pouvoir pardonner) mais pour vous. Parce qu’avoir admis et reconnu les émotions négatives que vous ressentiez vous a fait réaliser à quel point tout ceci vous dévore de l’intérieur et vous fait stagner dans votre vie, par colère et ardent désir de revanche.

Prendre cette décision, c’est considérer, à raison, que vous êtes plus important(e) que l’offense.

La phase de travail : comprendre l’offenseur

Il s’agit ici de mieux comprendre l’offenseur. Attention, j’ai dit : comprendre, et non l’excuser !

Cela signifie qu’il faut l’envisager non plus uniquement comme agent de l’offense, mais l’insérer dans son contexte de vie, son histoire personnelle et dans ses difficultés et ses souffrances. Ce faisant, il faut prêter attention aux sentiments de compassion pouvant surgir, ceux-ci permettant d’éviter que l’on reproduise soi-même un schéma si celui-ci a été subi lors de l’enfance.

 

La phase d’approfondissement : donner un nouveau sens aux outrages subis

A présent il convient de réaliser que nous ne sommes pas exempts de défauts et que nous avons eu nous-mêmes des comportements qui auraient mérité d’être pardonnés. Ensuite, et si possible en s’appuyant sur un environnement social soutenant, la démarche conduira à réinterpréter les outrages subis en mettant en lumière en quoi ils nous ont permis une croissance personnelle. Enfin, il s’agira de vivre pleinement la libération émotionnelle associée au pardon et les améliorations physiques afférentes.

Pour conclure

 

Chaque étape doit être parcourue avant de passer à la suivante, et cela peut parfois demander pas mal de temps pour certaines personnes puisque la capacité à pardonner diffère selon les individus. Ainsi, une étude de 2005 a montré que le développement de l‘empathie envers l’offenseur avait un impact sur la capacité à pardonner essentiellement chez les hommes.

 

 

Aussi j’espère que cet article vous servira pour vous débarrasser des boulets du passé pour avancer vers de nouveaux horizons plus ensoleillés.

 

 

 

Baskin TW, Enright RD. Intervention studies on forgiveness: A meta- analysis. Journal of Counseling and Development. 2004;82:79–90

Enright RD. Forgiveness is a choice: A step-by-step process for resolving anger and restoring hope. Washington, D.C: American Psychological Association; 2001.

Enright RD, Coyle CT. Researching the process model of forgiveness within psychological interventions. In: Worthington EL Jr, editor. Dimensions of forgiveness: Psychological research and theological perspectives. Philadelphia: Templeton Foundation Press; 1998. pp. 139–161.

Enright RD, Mullet E, Fitzgibbons RP. Le pardon comme régulation émotionnelle. Journal des Thérapies Comportementales et Cognitives. 2001; 11:123-135.

Toussaint L, Webb JR.  Gender Differences in the Relationship Between Empathy and Forgiveness. Journal of Social Psychology. 2005;145 (6): 637-685.

 

Boukhris Najla

Psychologue et consultante en webmarketing.

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